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Dans le cadre du projet Ecritures Alchimiques soutenu par la Fédération Wallonie Bruxelles et la Loterie Nationale, l’ASBL Equality by Words a accompagné l’auteure Maladho Dian dans l’écriture et la publication de son livre « Gourdan Tamaou, une vie d’espoir« . Un roman, inspiré de faits réels et de recueils de témoignages, qui résonne tel l’ambassadeur narratif des voix de femmes qui luttent pour l’abandon des mutilations génitales féminines. Cette pratique, toujours répandue de par le monde, a souvent des conséquences graves sur la santé psychologique et physique de celles qui la subissent. A travers l’histoire de Tamaou, petite fille guinéenne, nous sommes emmené.e.s à la rencontre de leur force, de leur courage et surtout de l’espoir émancipateur qui les animent.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Depuis quelque temps déjà, écrire était quelque chose auquel je pensais. Quand j’ai pris connaissance de l’existence du projet Ecritures Alchimiques, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un processus par lequel, non seulement on travaillait sur soi à travers l’écriture, mais qu’en plus, l’objectif était de sensibiliser le public aux droits des femmes et aux violences faites aux femmes. C’est ce qui m’a vraiment enthousiasmé, c’est ce qui m’a poussé. Je me suis dit « ce projet il est pour moi ! ». Il fait tout à fait sens avec qui je suis et mon travail. Cela me permet de parler d’une problématique qui est très importante pour moi, de comment je la vois et de proposer les pistes de solution auxquelles je crois pour y faire face.

Comment s’est passé le processus d’écriture ?

Quand j’ai su ce que j’avais envie de mettre dans mon récit, que le projet a été très clair pour moi et que j’ai eu des objectifs, cela a été facile. Il y a eu des moments compliqués, mais je n’ai pas vraiment traversé une période blanche où je n’arrivais pas à écrire. Je savais ce que je voulais écrire mais j’avais peur de l’écrire. J’avais peur de ce que l’écriture de ces passages-là allait susciter en moi, de ce que cela allait réveiller. Là, j’ai eu des moments de doutes mais cela ne m’a pas empêchée d’aller de l’avant. Cela a pris du temps, mais cela correspondait à mon rythme et ça s’est très bien déroulé.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui que le livre a été publié par rapport au processus de création ?

C’est un sentiment de fierté et d’avoir accompli une mission. Ce livre n’en est qu’à son début, je pense à beaucoup d’autres projets qui pourraient en découler. La finalité visée est d’atteindre, de sensibliser au maximum le grand public ainsi que les communautés concernées par les mutilations génitales féminines.

En écrivant ce livre, je me suis basée sur des témoignages recueillis mais j’ai aussi réussi à mettre en mots des événements que j’ai moi-même vécus et que j’ai pu ainsi « déposer ». Une fois le bon à tirer en main et plongée dans la lecture du texte, je me suis rendu compte que j’avais maintenant cette capacité de « méta », d’être à l’extérieur de l’histoire. J’ai relu des parties de mon histoire qui, au moment où je les rédigeais, éveillaient beaucoup d’émotion mais en les parcourant c’était comme si je lisais des pans de l’histoire d’une autre personne. Quand j’ai le livre en main et que je le « place » quelque part, c’est l’histoire de Tamaou et quand je le reprends c’est une part de l’histoire de Maladho.

Cette capacité de mettre de la distance, d’avoir pris du recul, c’est ma manière à moi de me « décentrer » grâce à cet ouvrage. Cela m’a beaucoup aidée. Je sais que c’est une part de moi et de toutes les autres femmes, mais c’est posé sur le papier, j’ai mis les mots que je souhaitais, créé le personnage du récit comme je le ressentais, donc pour moi, c’est positif.

Partager, c’est conscientiser. Le plus difficile est de vivre une expérience douloureuse et de ne pas oser mettre des mots sur ces vécus. A travers ce livre, il y a eu cette capacité de nommer les choses, de les décrire, de les ressentir mais aussi de sentir toute la force avec laquelle on a fait face à ces situations-là. Par les mots posés sur notre vécu, on se rend aussi compte de nos ressources développées pendant ces épreuves-là et de notre capacité de résilience.

Mon histoire, et celles des femmes dont j’ai recueilli les témoignages, correspondent à celles de nombreuses femmes. Et je reste convaincue que beaucoup vont se reconnaitre dans ce roman. La plupart des femmes qui ont vécu ce genre d’épreuves ont souvent des ressentis similaires. Si le fait de pouvoir le partager, de l’écrire brise la solitude ; c’est le cas à la lecture également car le/la lect.eur.rice réalise que d’autres ont un vécu semblable. Nous ne sommes pas seules et nous pouvons nous renforcer les unes les autres.

 

Qu’est-ce que l’écriture et la publication de ce livre vous ont apporté ?

Maintenant que j’ai « déposé tout cela, j’ai « plié ». J’ai « fait le linge ». Le fait d’avoir réussi à mettre de mots sur des vécus me permet aujourd’hui de guérir. Cela guérit des choses dont j’avais envie de parler depuis longtemps sans avoir osé car il y a beaucoup de tabous dans notre culture guinéenne et que c’était difficile à partager. S’il y a quelque chose que je suis arrivée à faire dans ce parcours, c’est mettre des mots. Je me sens libre de ces épreuves maintenant. Avant j’avais du mal à parler de ces choses, aujourd’hui j’en parle. Et en faisant cela, je donne aussi l’opportunité à d’autres de parler de leur excision. Je leur montre que oui, on peut en parler, on peut oser.

Malgré la pratique traditionnelle de l’excision, mon objectif dans ce livre est aussi de montrer les côtés positifs et la beauté de notre culture peuhle en se demandant : comment peut-on faire pour améliorer les choses ? On ne peut jamais oublier d’où on vient mais on peut toujours faire le choix de garder ce qui est positif dans notre culture et d’écarter ce qui ne l’est pas. Et de continuer avec ce « tamis » qu’on a fait…

Propos recueillis par Virginie Houet

 

Où trouver le livre ? En ligne via ce lien et sur commande dans toutes les librairies :

https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/3880-gourdan-tamaou-une-vie-d-espoir

 

Avec toutes nos excuses et regrets, cette soirée littéraire a du être reportée.