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Sorties Littéraires

Interview d’Ella Palace, auteure du thriller psycho-fantastique « Abdita ou la vérité sur Elena Mata »

By octobre 3, 2023No Comments

Dans le cadre du projet « Ecritures Alchimiques » soutenu par la Fédération Wallonie Bruxelles et la Loterie Nationale, l’ASBL Equality by Words a accompagné l’auteure Ella Palace dans le développement de son projet littéraire et dans la publication de son roman « Abdita ou la vérité sur Elena Mata ». Un roman nuancé approchant en de multiples angles, les violences psychologiques intrafamiliales. Un livre intense et interpellant.

D’où est venue l’idée d’écrire ?

À l’âge de 15 ans, ma professeure de français m’avait conseillé de lire « Le voile noir » d’Anny Duperey. Ce fut une révélation pour moi. La nature de l’histoire mais surtout la profondeur, l’hypersensibilité, la poésie et l’humilité dans son écriture m’ont terriblement touchée. Je n’avais jamais éprouvé pareilles émotions à la lecture d’un livre. Cela a fait naître l’envie de rendre, d’une certaine manière, ce que j’avais reçu en parcourant ce roman. J’ai eu le désir prenant de toucher, si possible en tout cas, les gens de cette même manière, par l’écriture.

Le hasard, pour autant qu’il existe, a fait qu’un an plus tard, j’ai dû lire L’Alchimiste de Paulo Coelho en cours. À la suite de cette lecture, nous devions rédiger un texte sur notre propre « légende personnelle », à savoir nos rêves, buts, projets dans la vie. Je trouvais cette question un peu prématurée et n’ai pas été en mesure de parler de ma propre « légende ». C’est ainsi que fût inventée ma première histoire laquelle a fortement plu et interpellé la professeure qui m’a encouragée dans cette voie en suggérant que ma « légende personnelle » était de devenir écrivaine. J’ai poursuivi cette histoire qui est devenue un petit roman aujourd’hui perdu dans les limbes de mon passé.

Vers mes dix-huit ans, j’ai commencé la rédaction d’un roman un peu plus conséquent et proche de moi-même : Daedalus Anima. Ce que j’entends par « proche de moi-même », c’est ma sensibilité, ma vision des choses mais à travers une fiction. Arrivée à presque la moitié de l’histoire, j’ai abandonné, frappée du syndrome de l’imposteur. Je suis restée une vingtaine d’années sans écrire. Et si j’ai repris c’est parce que, en quelque sorte, je n’avais pas le choix. Je me sentais vide, inexistante. Aussi, j’avais laissé quelque chose d’inachevé derrière moi qui semblait me crier : « Lema Sabachtani[1] ». J’ai dû reprendre et me sens enfin en harmonie avec moi-même.

Pourquoi écrire ?

Écrire, c’est ma façon à moi de me sentir exister. Si on croit en l’âme, je dirais qu’elle aspire intensément à faire preuve de sa véritable nature, ce qui est brut. C’est une façon d’analyser ce qui m’habite, m’assiège parfois et m’entoure. D’une certaine manière, cela répare. C’est assez thérapeutique, je n’invente rien. On répare des cassures, colmate des fêlures et on comble un peu le vide, grâce aux mots. Comme je le dis dans Abdita ou la vérité sur Elena Mata : on écrit parce qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond ou qui manque. On prend tout ça, cet espèce de matériau abstrait et on tente d’en faire une histoire qui tient pas trop mal la route. On transforme. On peut appeler cela de l’Alchimie. L’Alchimie du verbe pour mettre un peu d’ordre dans un certain chaos.

L’idée de Daedalus Anima, mon premier livre, est d’abord venue de mes propres songes. J’ai toujours été une vraie usine à rêves dont je me souviens très bien et ils sont nombreux. Passionnée de psychologie et sachant que certains psychologues aident leurs patients dans l’analyse de leur rêve, j’ai imaginé un être qui aurait la capacité de pénétrer au cœur de l’inconscient de personnes qui l’entourent par le biais des rêves et de les aider à combattre voire vaincre leurs démons intérieurs.

Le fantastique ici me permet de métaphoriser le vécu de chaque personnage, de symboliser pour mettre en lumière ce qui est éprouvé face à ce vécu, pour faire ressortir leur vérité propre. Camille, le personnage principal, apparaît ainsi sous des formes différentes en fonction de ce que son hôte peut accepter et de ce dont il a besoin comme forces pour aller de l’avant. Je ne sais pas si on peut dire qu’elle est automatiquement un tuteur de résilience mais elle le peut, cela dépend de celui qui rêve, comme en psychologie, c’est au cas par cas.

Quel(s) message(s) souhaitez-vous transmettre en tant qu’auteure ?

J’ai voulu insister sur ce que nous savons déjà : nos comportements peuvent avoir un impact sur le moral des autres. Les apparences sont souvent trompeuses mais qu’on peut aussi avoir juste l’air de ce qu’on est, et que même si les autres peuvent être d’une aide précieuse, nous sommes réellement la personne qu’on recherche, notre propre sauveur. Tout ça fait assez cliché non ? Alors, on peut dire que j’utilise les clichés qui me semblent d’une importance capitale et que je les élabore. Ce n’est pas très créatif, je le reconnais mais ce qui est peut-être créatif est ce que j’en fais. Pour le savoir, il faut me lire… (rires).

Dans Abdita ou la vérité sur Elena Mata, j’ai souhaité mettre en avant les séquelles de la violence verbale, psychologique qui me semble trop négligée. On se permet des insultes, brimades, sarcasmes à répétition en toute impunité. C’est tellement injuste. La violence psychologique est aussi (si pas plus en fonction de chacun) grave que la violence physique. C’est un véritable traumatisme avec de lourdes conséquences sur l’estime de soi, la confiance en soi. On peut avoir sa vie complètement gâchée. L’auteur de ces actions nous voit debout mais à l’intérieur, on est effondré. Si on mimait comment on se sent, on serait au sol, pétrifié pendant des heures, des jours, voire des années. Ce que j’ai alors voulu montrer, ce sont les conséquences d’une violence psychologique subie depuis l’enfance, dans la vie de la victime, sur le long terme.  

Y a-t-il vraiment un message ? Oui et non. Si on part du principe qu’un message est une information que l’on transmet à celui qui ne la possède pas, non ce n’est pas un message. Comme pour Daedalus Anima, c’est plutôt une insistance, ma manière à moi de l’exprimer parce qu’on ne répète pas assez que les mots peuvent détruire.

Propos recueillis par Virginie Houet

Pour commander le livre, suivre ce lien :

https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/3518-abdita-ou-la-verite-sur-elena-mata

Rejoignez-nous le 20 octobre à 19H30 pour rencontrer l’auteure et échanger autour de son livre et du pouvoir transformateur de l’écriture ainsi qu’au sujet des violences psychologiques intrafamiliales avec l’équipe psycho-sociale de la Maison Plurielle Asbl et du projet Ecritures Alchimiques avec Virginie Houet d’Equality by Words Asbl.


[1] “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”